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01/01/1970

Pour le développement durable, Sarkozy réinvente le plan



Environnement. Mercredi, 21 Mai 2008 09:06

Hier, à Orléans, le Président a défendu le rôle de l’Etat dans l’écologie.

Si on a bien compris le message, Nicolas Sarkozy ambitionne de devenir, pour les énergies renouvelables, ce que Charles de Gaulle fut pour le programme nucléaire français. Hier, à l’occasion d’une visite à Orléans sur le suivi du Grenelle de l’environnement, le président de la République s’est employé à sortir le débat écologique des querelles droite-gauche (voire des querelles droite-droite) pour montrer qu’il voit loin : «Il faut donner à notre pays quelques décennies d’avance en matière de développement durable.» Plus terre à terre, un responsable associatif soulignait que si le Grenelle avait besoin d’un discours de soutien du chef de l’Etat, c’est peut-être qu’il avait du mal à trouver un second souffle.

En guise de mise en jambe, Sarkozy, a visité une fabrique d’éoliennes française, Vergnet, près d’Orléans. Après un tour d’atelier pendant lequel le PDG négociait en direct un engagement de l’Etat sur le soutien à un de ses projets - «le marché du siècle» -, le Président s’est adressé aux salariés pour vanter, non sa politique écologique mais… la défiscalisation des heures sup et la loi de modernisation de l’économie, provoquant les sourires de la ministre de l’Economie, Christine Lagarde.

Promotion. Plus tard, au Zénith d’Orléans, rappelant les premières concrétisations du Grenelle (suspension du projet de mine d’or en Guyane, bonus-malus automobile, etc.), le Président s’est livré à un bel exercice de promotion du rôle central de l’Etat dans les politiques à venir. Annonçant carrément une… politique industrielle pour le développement durable. Avec la création cet été d’un «comité stratégique pour les éco-industries», coprésidé par le ministre de l’Ecologie et le secrétariat d’Etat à l’Industrie. Désamorçant à l’avance les critiques, il a glissé : «Il n’y a qu’en France qu’on qualifie de dirigisme l’attitude des pouvoirs publics qui se préoccupent des conséquences industrielles de [leurs] politiques structurantes.» Pas de dirigisme donc, mais une volonté que l’Etat, à l’horizon 2012, soit exemplaire en matière de bâtiments basse consommation, véhicules propres, ou utilisation de produits bio.

Autre dossier, plus local, sur lequel les pouvoirs publics sont prêts à intervenir, le RER parisien : «Si l’Etat doit reprendre la main, il la reprendra», a menacé Nicolas Sarkozy, dénonçant les «oppositions stériles» qui «prennent des passagers en otage dans des lignes vétustes». Sur le reste, le Président s’est tenu aux engagements pris, de la construction de 6 000 éoliennes (les professionnels espèrent plutôt 8 à 10 000) au chantier de rénovation thermique des bâtiments en passant par l’ajout d’une dimension environnement au Conseil économique et social. Au moment d’aborder le financement, Nicolas Sarkozy a soigneusement évité de prononcer le chiffre prévu dans son discours (400 milliards d’euros d’ici à 2020), préférant souligner qu’il s’agit de «créer une économie dynamique, sobre en carbone, respectueuse de l’environnement, riche en emplois et créatrice de richesse».

Ajustement. Quant à une éventuelle fiscalité écologique, il a promis une décision avant fin 2008 sur une possible «contribution climat-énergie». Le chef de l’Etat paraît beaucoup plus motivé pour instaurer, faute d’accord international, un système d’ajustement financier aux frontières de l’Europe pour les pays ne respectant pas certains critères environnementaux : «On a déjà un dumping social, un dumping fiscal… Je n’accepterai pas un dumping écologique», a-t-il conclu.

01/01/1970

Les biocarburants montrés du doigt



La ruée sur les agrocarburants est-elle responsable de l'envolée des prix alimentaires ? En janvier 2007, des dizaines de milliers de Mexicains avaient défilé dans les rues pour protester contre la hausse du prix du maïs : c'était la première des "émeutes de la faim". Une partie du maïs consommé au Mexique est importé des Etats-Unis, où son cours flambait en raison d'une poussée de la demande des compagnies pétrolières. Pour soulager la balance commerciale américaine plombée par la hausse du prix du pétrole, l'administration Bush venait d'annoncer une réduction de 20 % de la consommation d'essence du pays d'ici à 2012, en incorporant des biocarburants à l'essence classique. Additionnant les objectifs de production de "carburant vert" annoncés, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a estimé que la part des terres arables consacrée à ces cultures passeraient de 1 % aujourd'hui à 2,5 % ou 3,8 % d'ici à 2030 selon les scénarios. Or, "l'agriculture mondiale ne pourra assurer à la fois l'alimentation de 9 milliards de personnes en 2050, la production en carburant et la préservation de la biodiversité", remarque Michel Griffon, agronome et directeur adjoint de l'Agence nationale de la recherche.

Après "les émeutes de la faim" survenues en Afrique et à Haïti fin mars et début avril, les risques de pénurie alimentaire ont fait leur réapparition dans l'agenda des sommets internationaux et les discours des dirigeants de la planète. Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 36 pays, dont 21 en Afrique, auront besoin d'une aide alimentaire extérieure en 2008.

Ce n'est pas tant le volume de la production qui est en cause - quoique les stocks soient au plus bas - que la hausse des prix : celui du blé a presque doublé entre mars 2007 et mars 2008, le maïs a suivi la même ascension mais sur deux ans, le riz a augmenté d'un quart depuis la fin 2006. L'index des prix alimentaires, établi par la FAO, a connu sa plus forte hausse depuis la fin des années 1970. En 2000, lorsque l'Organisation des Nations unies (ONU) fixait parmi les Objectifs du millénaire la diminution de moitié des personnes souffrant de la faim dans le monde en 2010, il suffisait d'accélérer la tendance : la part des "mal nourris" dans les pays en développement était passée de 35 % à la fin des années 1960 à 16 % à la fin des années 1990. Mais, depuis, cette proportion est restée stable, et le nombre de personnes souffrant de malnutrition est reparti à la hausse, souvent du fait des conflits armés, notamment en Afrique.

Des causes structurelles s'y sont ajoutées, qui expliquent aussi l'inflation des prix dans les pays développés, entamant le pouvoir d'achat des consommateurs : l'alimentation des populations des pays émergents en pleine croissance économique se diversifie, et tire la demande mondiale ; le réchauffement climatique augmente la fréquence et l'intensité des inondations et des sécheresses, comme celles qui ont frappé l'Australie et l'Ukraine, gros producteurs de céréales ; l'explosion du commerce mondial et la hausse du prix du pétrole ont fait grimper le prix du transport des denrées (150 % en 2007 sur le fret maritime). Enfin, la perspective d'une hausse durable des prix alimentaires attire les fonds spéculatifs fuyant les placements immobiliers et financiers devenus incertains, ce qui renforce la volatilité des cours.

Antoine Reverchon - Article paru dans le Monde, édition du 29.04.08.

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